UNE JOURNÉE EN HAÏTI
Par Fabienne Dubeau (Octobre 2002)

Mardi 22 octobre 2002
Lever à 4 heures après 2 minuscules heures de sommeil. L'excitation, le stress??? Pourtant, je me sens plutôt zen... Je somnole jusqu'à 5 heures, en repassant tout ce qu'il ne faut pas oublier : des vêtements de rechange (au cas où...), une mini trousse de toilette, des biscuits (pour apprivoiser un enfant, rien de mieux!), mon passeport, quelques cartes, un ou deux jouets, l'appareil-photo (toujours!) et les deux boites énormes de vêtements et jouets pour Yolette... Douche, dernière fouille du sac de voyage et, hop, direction Dorval dans la circulation déjà impressionnante à 5h45 du matin!
J'erre de longues minutes dans le stationnement de l'aéroport, tentant à la fois de trouver une place ET un chariot à bagages à proximité (prévoir un bon 10 minutes!). Je retrouve Debi (qui va chercher sa fille après avoir été chercher son fils il y a deux semaines) au comptoir d'Air Canada, nous allons enregistrer les boites (oufff... Cette fois, elles ne dépassent pas le poids permis de 32 kilos chaque!) et nous retournons récupérer les billets et nous enregistrer...
Un petit déjeuner et 2 heures plus tard, nous voilà enfin dans l'avion, à surveiller nerveusement les minutes de retard qui s'accumulent (petit problème technique) en pensant à la course qui nous attendra là-bas... Et, enfin, à 10h40, nous décollons!
Et à 14h30, nous commencons à apercevoir les côtes haïtiennes...


L'hôtesse ayant gentiment accepté de nous placer en première classe vers la fin du vol, nous sommes parmi les premières à mettre les pieds sur le sol haïtien et nous courons vers la salle d'immigration. Pas très longtemps, car la chaleur et la fatigue du voyage font vite leur effet! Mais c'est quand même au pas de course que nous finissons, après quelques péripéties et raccourcis non prévus, par nous retrouver dans la salle des départs à chercher des yeux Ginette et les enfants. Ouf, les voilà qui nous font de grands signes!
Encore un peu de course pour enregistrer notre retour, on prend enfants et bagages sous le bras et on rembarque aussi sec dans l'avion pour un autre 4h15 de vol!
Nous sommes cinq, 4 accompagnatrices, dont Ginette, et une maman, Debi. Evidemment Debi a sa fille dans les bras et elle la couve des yeux. Moi, j'ai hérité d'un adorable petit bonhomme de 18 mois qui n'a pas visiblement pas l'air d'apprécier les bouleversements par lesquels il vient de passer.
Heureusement, plusieurs biscuits et une sucette font apparaître quelques timides sourires et, deux heures après, c'est un enfant rassuré et confiant qui s'endort dans mes bras et ne voudra plus en sortir!
Tous les enfants dorment un peu, et partagent le repas de leur accompagnatrice. La maman et sa nouvelle petite fille s'apprivoisent mutuellement, profitant au maximum de ce temps privilégié qui leur est accordé au tout début de leur vie commune. Quand auront-elles encore 4 heures pour se chuchoter des mots doux et s'apprendre l'une et l'autre? C'est pendant ce voyage que je réalise l'importance et l'unique occasion que représente ce voyage comme premier lien entre un parent et son enfant. Et le regret m'étreint de ne pas avoir profité de cette magnifique occasion avec ma fille il y a 2 ans, quand j'ai choisi de l'attendre à l'aéroport...
Les enfants sont calmes et nous pouvons prendre un peu de temps pour parler de la semaine passée en Haïti. Nous en profitons aussi pour immortaliser ces moments bien spéciaux...




Et enfin, après 4h15 de voyage, nous atterrissons sur le sol canadien. Il fait très froid dehors (autour de 0 degrés, un gros changement par rapport au 31 degrés qui nous attendait à Port-au-Prince!), mais les couloirs sans fin que nous suivons avec enfants et bagages de cabine dans les bras se chargent de nous garder bien réchauffées!
Les contacts de Ginette font que le passage à l'immigration se fait assez rapidement et efficacement et à 20h30, nous passons les portes qui ont si souvent été la cible de regards anxieux et impatients des nouveaux parents en attente... C'est la ruée vers nous, des bras se tendent, les questions et les exclamations fusent "est-ce que c'est mon fils?", "Il est si beau"... Les larmes coulent, les enfants ne pleurent pas mais leur regard en dit long sur leur anxiété et leur questionnement . Seule une petite fille de 10 mois babille allègrement et ne ménage pas sourires et caresses à sa nouvelle famille enchantée...
Quel beau moment que cette découverte mutuelle, ces premiers câlins, ces premiers liens qui se tissent...
On sort les biscuits, les petits toutous, les kleenex... Ginette remet les documents à des parents qui ne se souviendront qu'à moitié de ce qu'elle leur dira, leurs yeux et leurs pensées n'allant que vers ce trésor qui vient de leur être confié. Les flashs crépitent et les caméras vidéos ronronnent. Puis, tranquillement, la salle des arrivées se vide, et c'est l'heure des biberons et du changement de vêtements et de couches pour ces nouveaux petits canadiens...

Mission accomplie... C'est le coeur léger et l'esprit encore rempli de belles images que nous partons chacune de notre côté, retrouver nos familles respectives. Pendant que, grâce au travail acharné de Ginette et de ceux qui l'aident, ici et en Haïti, des parents et des enfants commencent une nouvelle vie...
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