Lundi 15 janvier
Début de voyage plutôt mouvementé la veille alors qu’une fin de tempête de neige m’accompagne tout le long de la route Gatineau-Montréal et rend les conditions de conduite plutôt difficiles et stressantes.
De plus, arrivée à Montréal, à l’hôtel Hilton de l’aéroport où je dois passer la nuit en compagnie de Ginette pour que nous soyons fraiches et disposes le lendemain matin, j’apprends qu’il n’y a aucune réservation à son nom, et après de nombreux téléphones et recherches infructueux, je dois me résigner à reprendre la route (encore plus enneigée et dangereuse à Montréal) pour aller coucher chez mon frère, à Laval. Finalement, Ginette m’appellera chez lui à minuit pour m’expliquer que l’hôtel a fait une erreur dans la réservation (ils ont inversé son nom!) et m’indiquer les directives pour le lendemain matin (on se retrouve à 6h30 dans le stationnement). Evidemment, la nuit est plutôt courte!
Mardi 16 janvier
Heureusement, par mesure de précaution, j’ai programmé DEUX réveils, soit la montre de mon frère et un réveil du Dollarama. Heureusement, car la montre de frérot décide d’arrêter de fonctionner entre 4h et 5h du matin (j’ai regardé l’heure à 2h, 3h, 4h et quand le réveil du Dollarama a sonné à 5h30, la montre ne fonctionnait plus et n’avait donc pas sonné comme prévu à 5h15 - batteries??). Je dois être à 6h00 à l’aéroport (qui est à 40 minutes de route!), évidemment c’est impossible d’où course folle pour éviter un trop grand retard (bye bye les préparatifs élaborés!).
J’arrive à 6h15, je retrouve Ginette ainsi qu’un autre couple qui voyagera avec nous pour aller chercher ses enfants et nous sortons les bagages des autos (huit sacs de hockey de 30 kilos chacun!) pour les placer sur des chariots. On change aussi de manteaux et de bottes pour revêtir des tenues plus adaptés à la chaleur tropicale en Haïti, on grelotte un peu le temps de traverser stationnement et rue jusqu’au terminal et nous voilà à l’enregistrement d’Air Canada.

Comme d’habitude, certains de nos bagages dépassent le poids autorisé, nous nous amusons donc à transférer le contenu de certains sacs dans d’autres, moins lourds (comme d’ailleurs tous les haïtiens le font autour de nous!) et, enfin, tous les sacs sont enregistrés et nous pouvons respirer un peu (et aller déjeuner). Petite angoisse : ai-je bien fermé la lumière du plafonnier dans l’auto?? Bof, pas besoin d’aller verifier, je me rappelle finalement que je ne l’ai pas ouverte pour justement ne pas oublier de la refermer (HA HA).
8h30 : nous passons les rayons-X avant d’aller dans la salle d’embarquement. Et, comme d’habitude, je sonne allègrement. Je ne saurai jamais ce qui se cache dans la ceinture de mon pantalon mais la machine n’aime pas cà. Pfff.
9h00 : nous montons dans l’avion. Le couple de parents adoptants commence à stresser un peu plus, leurs enfants se rapprochent et la grande rencontre devient soudain plus réelle…
Voyage sans histoire (sauf un retard d’une heure au départ), aucune perturbation, le genre que j’aime. Parce que j’ai peur en avion. D’ailleurs, les seuls moments où j’ai été vraiment stressée pendant le voyage ont été : la route en auto entre Gatineau et Montréal dans la tempête, le voyage en avion aller-retour et, moindrement, les déplacements en auto dans la capitale haïtienne.
Nous commencons à apercevoir l’Ile d’Hispaniola vers 15h00. Les eaux turquoises et le paysage enchanteur de l’île ne laisse pas entrevoir la misère qui l’habite et nous pouvons imaginer quelques instants que nous allons atterrir dans un petit paradis de vallées fertiles, de rivières claires, de montagnes verdoyantes entourées d’un océan émeraude accueillant.


Ce n’est qu’en se rapprochant qu’on apercoit les bidonvilles, les montagnes dénudées, les rivières étroites et aux eaux brunes et des bords de mer boueux et huileux, parsemés de bateaux abandonnés.


L'avion amorce sa descente, je m'accroche aux accoudoirs (ben quoi, c'est dangereux les atterrissages!), on atterrit, les passagers applaudissent (classique), nous sommes déjà debout, sacs au dos et en bandoulière, prêts à passer au-dessus de la tête de quiconque se mettra sur notre chemin. Il nous faut courir car les parents qui viennent chercher les petits n'ont qu'une vingtaine de minutes pour passer les douanes, sortir de l'aéroport, courir à la section des départs, ramasser leurs petits qui sont supposés les y attendre avec une nounou ou une directrice de crèche, récupérer leurs cartes d'embarquement pour le retour, passer les formalités et, hop, rembarquer dans le même avion qui les ramènera à Montréal. C'est seulement une fois dans l'avion qu'ils pourront un peu relaxer et regarder plus attentivement ce qu'ils ont dans les bras ;-)

Drôle d'accueil à l'arrivée, la fanfare fanfaronne, des dignitaires sont présents, tous sourires, un cortège de casques bleus impeccables nous font une haie d'honneur, je savais Ginette importante mais pas à ce point-là! Oups, erreur, c'est pour d'autres passagers dans l'avion, une "Excellence" quelconque et un contingent de casques bleus québécois qui viennent remplacer leurs collègues. C'est impressionnant!
Ginette court avec les parents, je cours vers les chariots pour en louer 5 que j'amène de peine et de misère jusqu'aux tapis de bagages. Pas encore eu le temps de regarder autour de moi, ni de sentir l'atmosphère d'Haïti mais, soudain, la chaleur me frappe (il faut le faire, dans l'air conditionné de l'aéroport! Mais le matin même, je grelottais à -25), la marée noire autour de moi aussi... Nous surveillons les bagages, Yolette (la directrice de la crèche où j'ai adopté Magali et qui revient de vacances au Québec), ses filles et moi, et les gros sacs de hockey. Nous ne sommes pas les seuls à avoir l'idée des sacs de hockey et nous devons en soulever une vingtaine pour finalement trouver les 11 qui nous appartiennent. Ouf, que c'est lourd... Les chariots sont surchargés et je suis un peu perplexe face à la façon dont nous allons amener 5 chariots à 4 personnes. Heureusement, Ginette arrive et nous partons avec notre caravane.
Dehors, première épreuve (pire que Fort Boyard) : passer à travers la foule de porteurs haïtiens qui veulent tous nous aider et déterminer ceux qui sont choisis par Ginette et ceux qui ne le sont pas ("Ginette, le monsieur il a pris mon sac, il a le droit???", "Monsieur, monsieur, non non, pas beswen, non monsieur, merci, l'ot' là-bas!").

Deuxième épreuve : essayer de ne pas perdre les chariots qui partent dans 4 directions différentes selon les trous dans la foule. Attendre que les 3 autos qui nous accueillent arrivent à se stationner au milieu de cette cohue, surveiller que les bagages aillent tous à la bonne place, et finalement, s'écraser dans l'auto en espérant que tout se rendra à bon port...
Nous avons rendez-vous avec Yolette à son appartement pour lui remettre les sacs qui lui appartiennent. Pas de Yolette à l'appartement, apparemment, elle y est passée mais est partie à la crèche. Nous allons donc à la crèche en maugréant un peu (hâte d'arriver à l'hôtel!), on croise Yolette sur le chemin, elle nous dit de mettre ses sacs dans la chambre de son papa (Père Jo) qui a sa chambre - barrée - à la Crèche.
Premier choc :
- Le chemin pour se rendre à la crèche :
"Heu... Vous êtes sûrs qu'il faut ABSOLUMENT passer par là?" (peut-être ferais-je mieux de faire le reste à pied... Quoique je risque de me tordre la cheville). La voiture craque de partout, les roches lui râclant douloureusement (moi cà m'a fait mal en tout cas!) le dessous, et nous sommes trimballées de gauche à droite. Le chauffeur, lui, continue à jaser comme si de rien n'était.


Et troisième épreuve (psychologique celle-là) : la rigidité des enfants à notre arrivée. Les grands sont tous placés en rang d'oignons le long d'une grande salle sombre, sans bouger. Ils nous sourient, Ginette leur dit qu'elle amènera des sucettes demain, ils répondent d'une seule voix "Merci beaucoup", on voit que la répétition a été longue et la leçon bien apprise. Les petits, au deuxième, sont aussi anormalement calmes, tout semble statique, pas de cris, pas de jouets, pas de mouvements, d'enfants qui marchent, c'est déprimant. Nous sortons de là, pas mal débinées, pour enfin aller à l'hôtel, à Pétionville, où nous nous installons dans une petite chambre avant d'aller souper et discuter de nos impressions sur cette première journée du voyage. Je découvre avec plaisir que l'hôtel a une connexion internet sans fil ET un ordinateur (avec fil, plus pratique et plus rapide que le portable de Ginette) que j'utilise aussitôt pour rassurer Jacques que je n'ai pas ENCORE été enlevée et que je suis bien en sécurité jusqu'au lendemain matin.
Bon, avant de quitter, je veux quand même vous rassurer pour que personne ne fasse de cauchemars : les enfants à la crèche avaient été préparés en vue de notre visite mais, en réalité, comme nous l'avons découvert les jours suivants, ils sont très actifs et tout le monde s'amuse beaucoup. La fatigue et la nuit qui tombait cette première journée nous ont induites en erreur et nous avons été vite rassurées le lendemain matin lors d'une seconde visite!
Mercredi 17 février
Nous avons averti le chauffeur que nous faisions la grasse matinée aujourd’hui. Il doit donc venir nous chercher à 10h00 au lieu de 9h30. La nuit a été mauvaise pour Ginette, pas pire pour moi (merci Gravol !). Nous lisons nos courriels, déjeunons (œufs en caoutchouc, jus d’orange et café) et nous préparons tranquillement. A 10h00, départ pour la crèche de Yolette. Je redécouvre la conduite typique en Amérique Centrale : oubliez les stops et les lumières, que le plus fort gagne ! C’est dans ces cas-là qu’on aimerait bien être dans une Hummer et pas dans une petite 3 portes non-identifiée.
Nous arrivons à la crèche, les enfants nous attendent tous sourires, encore une fois installés sagement le long du mur sur leurs chaises, jouets bercants et autres. La salle que nous trouvions sombre est beaucoup plus accueillante en plein jour et, une fois la distribution de sucettes (surettes) commencée, les enfants s’animent et deviennent beaucoup plus « enfants ». Les sourires sont nombreux, les tout-petits nous guettent à travers les barreaux des escaliers et nous montons les voir et continuer la distribution des sucreries. Tout le monde y a droit, nounous et infirmière y compris (et Père Jo, bien entendu).


Il n’y a aucun enfant dans les lits, tous sont sortis, soit sur un grand tapis de jeu ou dans de petites chaises de bébé, les plus hardis nous suivent partout, surtout Mackender, un petit bonhomme adorable de 2 ans qui nous fera bien rire pendant nos séjours à la crèche avec son petit air coquin, ses taquineries attachantes et sa manie de partir de l’autre bout de l’étage pour venir se jeter dans nos jambes en rigolant de toutes ses dents !
Nous commencons à décorer la crèche, avec des autocollants décoratifs pour les murs et toutes sortes de banderoles. Les enfants sont curieux, les nounous aussi et tout le monde est bien excité. Peu à peu toutes les pièces s’enjolivent, tout le monde est de bonne humeur.
Les bébés gazouillent et je m’arrête de temps en temps pour en prendre un dans mes bras et faire de gros câlins pendant quelques minutes. La décoration peut bien attendre ! Il y’a les souriants, les gênés, ceux qui courent partout, ceux qui ne bougent pas de leur chaise, les potelés, les trop-maigres, les petits gars aux grandes tresses, les petites filles pas de cheveux, partout de beaux grands yeux noirs qui nous suivent, des sourires édentés qui répondent à nos chatouillements, des rires et des pleurs, c’est étourdissant.
Nous repartons vers 15h00 de la crèche, il nous faut revenir à l'hôtel tôt pour ne pas être coincées dans le trafic, une des recettes préférées de kidnapping. A l'hôtel, nous décidons de profiter de la piscine, déserte. Nous découvrons rapidement la raison de cette désertion : l'eau est froide et le soleil qui disparait derrière les montagnes n'aide pas à nous réchauffer. Nous nous baignons quand même rapidement, pour pouvoir dire à ceux qui gèlent au Québec en ce moment qu'on l'a fait, gna gna gna et nous terminons la soirée plus sagement : internet, souper, téléphones, lecture...
Jeudi 18 janvier
Pas de grasse matinée cette fois, nous avons 8 sacs à vider à la crèche et la décoration à terminer. Arrivée à 10 heures à la crèche, les enfants sont contents de nous revoir, nos sucettes et nous, le petit déjeuner est servi : de grosses assiettes de …. spaguettis. Ah. Bon. C’est vrai que cà bourre plus que le pain à l’eau qu’on avale péniblement le matin au restaurant de l’hôtel. C’est l’heure du dodo pour certains…

Père Jo nous accueille et ouvre les portes des placards à trésors soigneusement verrouillés. Il faut malheureusement mettre sous clé une partie des vêtements, souliers, médicaments et couches sinon, en une semaine, il n’en restera plus dans la crèche. Difficile de juger ces femmes et ces hommes qui fonctionnent sur le mode « survie ». Mais, en même temps, il faut penser à nos petits. Nous classons donc les vêtements et les séparons dans les placards « publics » et les placards « privés ». Nous distribuons des jouets aux plus grands (poupées, petites autos) et quelques hochets et toutous aux plus petits. Ceux qui marchent préfèrent fouiller dans les sacs. « Mackender, non ! ». D’autres s’enhardissent et viennent réclamer des chatouilles et des câlins. Les petites filles se font coiffer.
La journée se passe tranquillement, nous allons nous asseoir quelques minutes sur la terrasse, le temps de « déguster » notre lait vitaminé et notre barre aux protéines. Les petits, quant à eux, mangent un gros plat de riz et fèves rouges, certains tous seuls, d’autres avec l’aide des nounous.

Nous continuons à décorer, Ginette déménage les meubles au rez-de-chaussée. Les grands mangeront dorénavant dans l’ancienne salle de jeux, l’infirmière aura son bureau dans l’espace sous l’escalier qui servait de salle à manger et la grande salle où était le bureau de l’infirmière servira de nouvelle salle de jeux.


15h30, nous revenons à l’hôtel, en longeant les rues bordées par les innombrables marchands de tout ce qu’on peut imaginer, évidemment surtout de la nourriture et des vêtements, mais aussi des objets un peu plus exotiques…

Pas d’essai-piscine cette fois, une fois suffit ! Horaire classique de la soirée : internet, lecture, souper, internet, lecture, dodo… La journée de demain sera dure ! Au programme : rencontre de la mère de Magali pour moi et rendez-vous dans les différents ministères pour Ginette.
Vendredi 20 janvier
Grosse journée aujourd'hui. Au programme, Ginette m'amène à la crèche où, normalement, m'attendra la mère de Magali et, pendant ce temps, elle ira rencontrer la nouvelle directrice de l'IBESR et ensuite, essayer de convaincre l'Ambassade canadienne de délivrer exceptionnellement des visas en 24 heures au lieu du 5 jours réglementaire.
Premier imprévu : le chauffeur est en retard de 45 minutes. Une auto l'a frappé en arrière et il a dû remplir l'équivalent d'un constat à l'amiable. Il est d'ailleurs plus embêté par son retard que par la bosse supplémentaire à son auto...


Nous filons à la crèche et 500 mètres avant d'arriver...
Deuxième imprévu : la mère de Magali nous attend à l'ancienne crèche, situé à l'autre bout de Pétionville. Nous décidons rapidement d'aller la chercher et de la laisser avec moi à une patisserie-crèmerie-boulangerie de luxe que j'ai découverte avec stupéfaction la veille alors que Ginette m'y a payée une délicieuse crème glacée. Inimaginable et un peu indécent ces boutiques luxueuses qui fleurissent par ci par là au milieu de toute cette misère!

Nous arrivons à l'ancienne crèche, nous attendons en bas de la rue pendant que le chauffeur va chercher la mère de Magali. J'apprendrai à ce moment-là que sa soeur est venue aussi mais, à ma grande déception, elle ne pourra pas venir à la pâtisserie. Pourtant comme j'aurais aimé rencontrer enfin cette grande soeur de 18 ans qui m'a donné, par l'entremise de sa mère lors de mon premier voyage, une si jolie photo d'elle avec un gentil mot pour sa petite soeur Ruth-Magali...
Je retrouve la première maman de Magali avec énormément d'émotion, nous nous serrons dans les bras et nous versons quelques larmes. Elle me dit qu'elle a tellement prié pour me revoir, me demande si Jacques est venu, me dit comme elle est heureuse de me voir, heureuse d'avoir eu des photos de sa fille et des autres enfants... Ginette nous laisse à la patisserie-boulangerie, je lui achète une patisserie ainsi qu'un sac de petits pains et un grand sandwich pour ses enfants et pour elle. Je lui ai aussi préparé un sac de vêtements et d'articles de toilette, et j'ai acheté une montre pour le voyage, avec l'intention de la lui donner. La conversation est plutôt réduite (difficile de discuter quand l'une ne parle que créole et l'autre le parle à peine!) surtout ponctuée de "je suis contente", "merci Dieu"... J'apprends quand même que la grande soeur de 18 ans de Magali a eu un bébé il y'a 2 ans, que la mère de Magali héberge 3 des enfants de sa soeur décédée il y'a 3 ans d'une hernie, en plus d'héberger ses 4 enfants, son conjoint âgé (le père de Magali), ses parents, sa fille et son bébé ainsi que l'amoureux de sa fille! Je ne sais même pas s'ils ont une maison, je n'ose pas demander... Je la prend en photo et la filme en train de "parler" à Magali...

Le temps passe, Ginette arrive, nous nous quittons devant le restaurant, elle retourne dans son monde et moi dans le mien (cliquez ICI si vous voulez lire le récit de notre première rencontre, en 2002)...
Ginette me ramène à la crèche, je suis encore un peu perdue dans les émotions de cette rencontre bouleversante. Mais le travail m'attend : il me faudra prendre les enfants en photo afin de pouvoir en donner aux parents adoptants à notre retour. Cela veut dire pour chaque enfant : l'habiller avec une jolie robe ou un joli costume, coller sur lui une étiquette avec son nom (et empêcher les plus petits de s'amuser à la décoller) pour éviter les erreurs, le convaincre de s'asseoir sur une chaise et, surtout, le convaincre de faire un beau sourire (pas évident!). Et ensuite, lui remettre ses vêtements de tous les jours. Toute une mise en scène, heureusement les nounous m'aident beaucoup, recoiffent les petites filles, crèment tout ce beau monde, consolent les timides... Cela prend beaucoup de temps et les heures passent rapidement. Je termine ensuite la décoration de la crèche, c'est la dernière fois que nous y allons. Les enfants vont me manquer. Ils sont terriblement attachants et je ne me lasse pas de jouer avec eux et de dorloter les plus petits. Une petite nouvelle vient de revenir de l'hôpital où elle vient de passer un mois. Elle est terriblement petite et faible et doit être nourrie par une sonde mais l'infirmière s'en occupe avec beaucoup de tendresse et d'attention et elle devrait bien s'en sortir. Une "grande" de 5-6 ans monte aussi régulièrement pour la prendre dans ses bras. Je suis terriblement émue...
Ginette revient me chercher vers 3h30, après des heures de discussion où la diplomatie et son expérience de 28 années de travail en Haïti ont été mises à rude épreuve et, encore une fois, fort utiles. Elle a beaucoup apprécié la nouvelle directrice de l'IBESR, et, à l'Ambassade, la responsable a accepté de faire les visas mais elle devra revenir lundi. Elle aura aussi besoin d'une autorisation de sortie de l'IBESR et ne l'aura probablement que mardi matin (nous repartons mardi après-midi en avion!).
Nous sommes toutes les deux épuisées par notre journée (pour des raisons différentes, et pas physiques) et nous sommes bien heureuses de retrouver l'hôtel. Soirée tranquille...
Samedi 20 janvier
Comme tous les matins, nous déjeunons à l'hôtel. Les oeufs en caoutchouc du premier matin m'ont convaincu de ne pas en prendre d'autres, le pain à l'eau n'est pas très nourrissant et les bagels et croissants n'existent que sur le menu, pas en cuisine! Je serai donc abonnée aux omelettes fromage-jambon pour la semaine. Avec un jus et un café, la journée peut commencer...




Nous filons ensuite vers la crèche de Majorie, située à quelques mètres de la zone de Carrefour-Feuilles, l'un des quartiers les plus pauvres de Port-au-Prince, où ont eu lieu plusieurs enlèvements. Je ne suis pas trop rassurée, encore moins quand je vois soudain apparaître le Palais Présidentiel, où Ginette n'a jamais voulu m'amener, étant un quartier propice aux soulèvements populaires et aux manifestations...

L'impression de luxe et de prospérité fait rapidement place à une désolation totale. Nous sommes sur une grande avenue et autour de nous, ce ne sont que bidonvilles, amas de déchets et de ferrailles, enfants qui transportent de lourds fardeaux... Même les marchandes et les marchés semblent plus pauvres et plus misérables. Je regarde droit devant moi pour ne croiser aucun regard dans la foule nombreuse qui se presse sur les trottoirs, je ne veux pas voir les égoûts en plein-air au milieu des masures en tôles où jouent des enfants tout nus, squelettiques. Nous quittons l'avenue principale et, un coin de rue plus loin, nous voilà au Foyer du Sion. La maison est grande, très propre. Un petit salon nous accueille à l'entrée, avec vue sur une grande cuisine. Une petite pièce adjacente à la cuisine sert de chambre pour les bébés. Il y'en a beaucoup, certains dans leurs lits, d'autres dans de petites chaises par terre.
Les grands nous appellent du deuxième étage. Ils sont massés en haut des escaliers, autour d'une table, occupés à dessiner mais ils lâchent tout quand nous sortons le sac magique de sucettes!
Il y'a deux autres chambres pour les petits au premier étage. Que d'enfants! Tous plus mignons les uns que les autres, un peu effarouchés. Nous prenons les photos de "nos" petits, je fais bien attention de prendre dans mes bras tous les enfants de "mes" parents, de les embrasser de leur part, de leur dire que papa et maman les aiment et ont bien hâte de les voir.
Nous devons repartir très vite, nous ne voulons pas trainer dans le quartier, Ginette est trop connue dans le coin... Nous retournons donc vers l'hôtel (toujours sans parler pendant que nous traversons la section de Carrefour), et nous nous arrêterons dans quelques magasins sur le chemin, à Pétionville.
Dimanche 21 janvier
Journée du Seigneur : on ne travaille pas, ordre de là-haut. Heu... Et de notre équilibre mental. Direction l'Hôtel El Rancho, l'Hôtel "hot" à Port-au-Prince. Nous payons les droits d'entrée pour pouvoir profiter de la piscine et nous installons confortablement en plein soleil, au bord de la super-piscine, dans un environnement complètement dépaysant (pour Haïti).


C'est de toute beauté et très relaxant. Avec un livre et un punch-rhum, on est pas loin du paradis mais voisins de l'enfer... Seul intermède entre deux coups de soleil : une petite séance de photos avec des enfants qu'on nous amène de l'une des crèches où nous n'avons pu les photographier la veille. Je suis frustrée de ne pas pouvoir profiter de cette journée de congé pour visiter la ville, mais sécurité oblige, nous sommes confinées à l'hôtel. Bon, il y'a pire quand même :-D
Lundi 22 janvier
Grosse journée remplie d'imprévus. Au programme : Ginette doit se rendre à l'Immigration le plus tôt possible pour aller porter les documents manquants nécessaires à l'émission des visas si nous voulons les avoir cet après-midi, et ensuite un tour à l'IBESR pour les autorisations de sortie et une dernière rencontre avec la directrice. En réalité, nous apprenons, juste avant de partir, qu'il manque des photos officielles pour les visas de deux enfants et nous devons filer à la crèche récupérer les enfants puis au studio de photographie pour les photos. Ensuite, pas question de retourner à la crèche, nous embarquons tout ce beau monde avec nous pour filer à l'ambassade. Il est déjà 11h30 et Ginette n'est pas ravie de la tournure des évènements. Il fait 30 degrés à l'ombre et au moins 50 000 dans l'auto (ok, j'exagère, ce n'était pas si pire!), et nous devons attendre, stationnés devant l'ambassade que Ginette ait terminé la visite, en espérant qu'elle n'aura pas à patienter trop longtemps dans les bureaux. Les deux enfants sont assis de chaque côté de moi en arrière, je les détache pour qu'ils puissent regarder la circulation et les abreuve régulièrement en plus de leur humecter le visage pendant l'heure et demie que nous attendrons. Ils ont chaud, sont inquiets mais demeurent stoïques et ne disent pas un mot. Je réussis même à leur arracher quelques sourires.
Ginette revient, cette fois nous retournons à la crèche ramener les enfants. J'y resterai jusqu'à ce que Ginette ait terminé sa visite à l'IBESR. Environ un autre 2-3 heures que je passe à jouer avec les enfants et à explorer les environs immédiats (pas question de sortir de la crèche!).


Ginette revient me chercher vers 15h00, après avoir été rechercher les visas à l'Ambassade. Nous aurons les autorisations de sortie demain matin, tel que promis par l'IBESR...
Mardi 23 janvier
Journée du départ. Ginette part très tôt, vers 8h00, pour aller chercher les autorisations à l'IBESR. Les deux enfants qui voyagent de chez Majorie seront amenés à l'hôtel vers 10h30 et nous irons ensuite chercher les deux autres chez Yolette. J'ai donc deux heures de liberté devant moi! Et les marchands d'artisanat juste sous mon nez sur les trottoirs qui longent la place St-Pierre devant l'hôtel. Je suis un peu craintive de sortir seule, j'ai peu confiance aussi en mes capacités de marchander mais, finalement, la curiosité l'emporte, je prends environ 800 gourdes sur moi et sors de l'hôtel.
Evidemment, les marchands me remarquent aussitôt (les touristes ne sont pas légion dans le coin!) et le fun commence. Finalement, je m'amuse beaucoup, je marchande comme une pro, je rigole avec les vendeurs, j'ai aussi le coeur serré parfois devant certains d'entre eux qui m'offrent leur pauvre marchandise désespérément (que je leur achète pour les aider un peu), c'est un des meilleurs moments du voyage! Pas de harcèlement, rien de désagréable, j'essaie d'être juste et je jase avec eux. Il me reste 25 gourdes (75 sous) que je met bien à plat dans la main après avoir vidé mes poches devant le dernier vendeur pour lui montrer que je n'ai plus rien et je lui demande ce qu'il peut me donner pour ce prix-là. Il me montre un affreux coquillage peinturé et une jolie boite en bois peinte, hop la jolie boite et voilà, je suis moins riche de 30$ mais plus riche de jolis lézards, papillons, libellules en tôle peinte...

Je les ajoute dans ma valise avec les autres objets artisanaux, les deux bouteilles de rhum et la petite bouteille de Cremas, le tout hyper-emballé pour éviter qu'ils arrivent en miettes comme lors de mon dernier voyage...
Ginette revient de l'IBESR. Elle a failli ne pas avoir les autorisations, une responsable là-bas ayant décidé de faire du zèle et ne pas les donner. Heureusement, Mme Bulldozer a foncé et a fini par les avoir, heureusement pour les 4 enfants et leurs parents qui les attendent ce soir!
Les enfants du Foyer de Sion arrivent, nous partons ensuite avec les bagages chercher les deux autres enfants chez Yolette. Nous les habillons pour le voyage, finalisons les derniers items à ne pas oublier dans nos sacs à dos (couches, camisoles, débarbouillettes, biberons, biscuits, lait....) et partons pour l'aéroport, avec une nounou pour nous aider jusqu'aux douanes. Il faut dire qu'avec nos valises, nos sacs de voyage et 4 enfants de 18 à 26 mois, nous en avons plein les bras!
Nous nous retrouvons relativement facilement devant le comptoir d'Air Canada pour récupérer nos billets d'avion et, surtout, ceux des enfants (et démêler les erreurs de noms sur les billets), et, après une séparation difficile nounou-enfants, nous passons la partie IBESR-douanes, toujours sans accrocs. Bébé N. est blottie dans le porte-bébé sur mon ventre, Petite D. se tient solidement après le sac de voyage, tout est sous contrôle. J'arrive même à convaincre la douanière de ne pas passer le porte-bébé aux rayons-X ce qui m'obligerait à faire en sens inverse ce que je viens de peine et de misère à réussir : entrer bébé mou dans porte-bébé plein de sangles partout... Nous nous affalons avec soulagement dans la salle d'embarquement. Le pire est fait, nous pouvons dire "Mission accomplie"!
Nous avons 2 heures à attendre avant l'embarquement, les enfants sont sages, bébé N. ne dit pas un mot, pas moyen de la faire sourire, ni même réagir. Petite D. est un peu moins sous le choc et, avec un petit hochet, nous offre même quelques petits sourires timides. Nous leur donnons à manger, à boire, changeons quelques couches. Enfin, l'embarquement est imminent quand, pour la deuxième fois depuis 2 heures, je sens l'odeur bien fraîche d'une couche bien sale qui émane de Bébé N. Je cours à la salle de bains et sors de peine et de misère Bébé N. du porte-bébé. Et là, mauvaise surprise : Bébé N. n'a pas apprécié le yaourt (passé date?) donné par la nounou à notre arrivée à l'aéroport. Elle est inondée de diarrhée, le porte-bébé et moi aussi par la même occasion. Les séchoirs à air chaud de la salle de bains et mon petit paquet de lingettes humides me donnent quelques frissons de désespoir. J'entends l'annonce de l'embarquement ("les familles en premier"). Heureusement, une femme de ménage présente va me chercher un gros paquet de papier essuie-tout et j'essaie de nettoyer les dégâts du mieux possible. C'est-à-dire que Bébé N. se retrouve en couche (la jolie robe restera sur un banc à l'aéroport) et "seules" les taches foncées et humides qui décorent une grande partie de mon chandail et de mon pantalon ainsi que l'odeur nauséabonde qui m'accompagne témoignent de notre mésaventure. Ginette m'attend sur le banc et sent comprend très vite la situation. J'habille rapidement Bébé N. de l'une de nos camisoles de rechange, la remet dans le porte-bébés (triple-beurk) et nous faisons la file pour l'embarquement, Ginette se tenant prudemment loin de moi...
Arrivées dans l'avion, je laisse Ginette avec les enfants et court à la salle de bains inonder une fois de plus mes vêtements pour essayer au moins d'éliminer l'odeur (succès mitigé), et je reviens à mon banc. Je me dépêche d'emballer soigneusement le porte-bébé (pas question que je l'utilise encore!) dans un sac, bien fermé, emballe Bébé N. dans une couverture (autant pour la réchauffer que pour la protéger), rassure Petite D., et c'est le départ!
Vol sans histoire, Bébé N. dort presque tout le long, pas d'autres dégâts, elle ne se réveille que pour manger un peu de purée de patates (donnée gentiment par l'agent de bord adorable qui nous a beaucoup aidées pendant tout le voyage), refuse tout ce qui est en morceaux, même mous, et se rendort. Petite D. est de bonne humeur, elle mange bien et est calme pendant tout le trajet. Ginette n'a pas non plus de problème avec ses deux petits mousses. 4 heures et 15 plus tard, c'est l'arrivée à Dorval. La météo annonce -8 degrés, il neige un peu, nous sommes bien contentes d'arriver et réempilons sacs de voyage et enfants pour descendre de l'avion. Une gentille dame me propose de tenir Petite D. par la main pour me soulager (j'ai Bébé N. dans les bras, plus de porte-bébé, un sac sur le dos et une valise à roulettes à trainer), mais Petite D. se met à pleurer et me tend les bras. Oh la la, j'espère qu'elle ne fera pas cà à sa maman qui l'attend quelques centaines de mètres plus loin!
Nous devons normalement marcher plusieurs centaines de mètres pour arriver aux douanes, les petits qui marchent sont fatigués, Petit M. commence à rechigner et à se laisser trainer, heureusement une employée en voiturette passe et nous embarque tous. Nous sommes en même temps délivrés des bons samaritains qui nous collent l'arrivée en nous posant mille et une questions sur les enfants et sur l'adoption (disons qu'après une journée de voyage dans le corps et 4 enfants dans les bras, cà ne nous tente pas de faire une conférence...).
Immigration : malheureusement, c'est une nouvelle agente et comme toute nouvelle qui se respecte, elle fait du zèle.
Nous nous dirigeons enfin vers le tapis à bagages (qui sont vides depuis longtemps, seules nos bagages trainent sur le côté) puis, finalement, vers la sortie. Petit M. est complètement épuisé et il pleure de plus en plus fort. Nous asseyons les enfants sur les chariots à bagages, Ginette me rappelle de ne pas me laisser déborder quand nous verrons les parents. Déborder? Ben pourquoi je serais débordée?. Je comprends très très très vite quand je vois la foule qui nous attend de l'autre côté des portes. Partout des flashs, des cris, des ballons, des gens qui courent, des mains qui se tendent, des appels. Je SUIS débordée. Une maman s'approche, me salue (bravo, moi je n'avais pas salué personne quand Magali était arrivée, je m'étais juste jetée sur elle), et me demande laquelle est bébé N. Je lui montre sa fille et la prévient qu'elle aura besoin de beaucoup d'amour car son apathie m'a un peu inquiétée dans l'avion et elle est toute petite et bien choquée par sa journée (j'aurai des nouvelles et des photos le lendemain, impossible de reconnaitre Bébé N. dans ce bébé au large sourire et aux yeux pétillants!!!!!!). Tout le monde pleure, Petit M. est hystérique, il hurle (de fatigue, de peur...), sa maman pleure aussi. J'ai les larmes aux yeux de laisser "mes" bébés, je me suis attachée à eux. Petite D. accepte facilement de se laisser prendre par sa maman après quelques regards apeurés vers moi. Je la rassure, lui donne une dernière caresse et sa maman prend la relève...
Les flashs explosent autour de nous, les caméras tournent, j'essaie de ne pas penser à mes cheveux décoiffés, collés à mon crâne en une couette mal faite, mes vêtements puants et froissés, mes yeux cernés, mon teint on-n'en-parle-pas. Les parents sont heureux, c'est l'essentiel. Et sauf pour petit M., les enfants ne disent pas un mot, le choc est trop grand, la journée a été une succession de changements et d'abandon, cela fait beaucoup pour eux mais, pour la plupart, ils s'en remettront très vite et l'amour fera des miracles... C'est ce que je leur souhaite à tous, parents et enfants...
Les parents, amis, enfants sont partis. L'excitation retombe, pas l'adrénaline qui nous cache un peu la fatigue. Je reste avec Ginette et une autre maman-ressource de Soleil des Nations. Nous discutons un peu en nous dirigeant vers le stationnement, on s'embrasse et nous nous séparons. Je retrouve mon camion à l'autre bout du stationnement. Il est 21h30, j'ai deux heures de route à faire pour retrouver mes amours, bingo : le camion ne démarre pas.
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Merde, la petite lumière...
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Celle que j'étais sûre de ne pas avoir ouverte...
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Youpi.
Je retourne 200 mètre en arrière pour appeler la CAA et avertir Jacques que je n'arriverai pas de sitôt. Heureusement que j'ai pris ma carte de la CAA avec moi, un rajout dans mon sac de dernière minute! C'est beau l'intuition. La dépanneuse arrive 30 minutes après, sueurs froides parce que le camion ne veut toujours pas repartir mais finalement, vroum-vroum. Yeeeeeeeeeeees! Je pars vers Aylmer!!! La route est déserte, je ne verrai que 3 autos sur la centaine de kilomètres sur l'autoroute du côté de l'Ontario, un vrai charme de rouler la nuit! J'arrive vers minuit 15, Jacques m'a coulé un bain chaud, aaaaaaaaaargh, me débarasser de ces vêtements enfin! J'applique un peu de lotion anti-gale au cas où et ... dodo!
Le lendemain matin, super-retrouvailles avec les enfants, juste avant leur départ pour l'école et à leur retour, j'étale tous mes achats sur la table et ils choisissent ce qu'ils veulent. Je pensais que les babioles artisanales les laisseraient de marbre, j'ai mal pensé, ils ont tout pris!!!!! Je n'ai réussi à sauver que quelques crochets pour la cuisine, un porte-papier de toilettes, les bouteilles de rhum (évidemment) et une statue en pierre pour ma belle-mère qui a sa fête quelques jours plus tard. Il y'a maintenant au moins deux casiers scolaires qu Québec qui sont décorés de petits lézards et de beaux papillons en fer peint ;-)
Et voilà, le voyage est déjà loin derrière moi, la neige tombe ici mais mon coeur est resté un peu là-bas, au milieu des enfants et du peuple haïtien, mon deuxième pays comme disent si bien les gens qui me connaissent!