QUINZE A LA DOUZAINE
par Martine Beaurivage, septembre 1998



L'arrivée

La chaleur frappe en plein visage!  Ca y'est, nous sommes sur le sol haïtien.  Des cris, des chants, des embrassades et des engueulades nous accueillent à bras ouverts. Il fait chaud, la sueur perle sur nos fronts et on s'arme de patience pour récupérer les trops nombreux bagages que notre représentante, Ginette Gagnon, s'acharne à apporter régulièrement en Haïti.  On court ici pour dénicher trois ou quatre chariots et on s'essoufle à récupérer au vol boites et valises.  Le ton monte, l'impatience nous gagne lentement mais... heureusement, au bout d'environ une heure, on réussit à sortir de l'aéroport.

Ouf, c'est fini!  Vous croyez cà... hé bien non!  Il faut encore trouver les chauffeurs qui accepteront de transporter les 16 colis que nous trainons avec nous. Un conseil, si vous allez en Haïti avec Ginette, laissez-la gérer tout cà.  Elle le fait de main de maître et sait exactement où elle va.  À la regarder, on sent qu'une partie de son être appartient à ce monde.  Elle se sent chez elle et comprend depuis longtemps les non-dit de ce pays.  Plus de 1000 enfants haïtiens ont maintenant un foyer canadien grâce à sa détermination et à son
plaisir de vivre en ce pays.

Lors de ce voyage d'une durée d'une semaine, quinze enfants gagneront le Canada.  Discrètement, j'aurai la chance de participer aux moments uniques de mères adoptives accueillant leur enfant pour la première fois.  Bien sûr, les larmes me montent aux yeux, comment pourrait-il en être autrement?  Les enfants sont beaux et en santé, parfois insouciants et joyeux.  Une nouvelle destinée les attend...
 

Le séjour

On pourrait croire qu'une fois arrivée en Haïti, madame Gagnon s'installe bien gentiment dans sa chambre pour se reposer de son voyage.  J'ai suivi Ginette quasiment pas à pas lors de cette mission en Haïti et voici ce que j'ai vu :

- des rendez-vous avec les avocats se tenant généralement vers 6h00 du matin;
- des inquiétudes et du stress devant les erreurs presque inévitables sur les papiers légaux qu'on doit faire corriger miraculeusement avant l'arrivée des parents adoptants en Haïti ou avant notre départ;
- un enfant parfaitement en santé qui tombe malade soudainement et qui a déjà été proposé... On doit alors aviser les parents et les soutenir moralement;
- un VIH positif signifiant qu'un enfant rencontré la veille ne pourra pas être proposé en adoption.  Qu'adviendra-t-il de lui?
- De nombreuses visites à faire dans nos pensions pour s'assurer que tout va pour le mieux;
- de nombreux téléphones à faire pour trouver un billet d'avion pour un enfant qu'on peut faire entrer au pays à la dernière minute;
- deux ou trois petits virus qu'on attrape à force de se rendre régulièrement dans ce pays et qu'on doit traiter pendant plusieurs semaines après le retour;
- une tourista qu'on attrape occasionnellement... mais cà fait partie du voyage;
- notre représentante se blesser à un genou parce que le chemin menant à la maison d'Espoir est plus que cahoteux;
- de la patience et toujours de la patience devant les mêmes consignes à répéter sans cesse pour que tout soit bien compris;
- et, surtout, j'y ai vu des regards de tendresse et des gestes d'affection envers tous ces enfants gardés dans nos pensions.


Le retour

Pendant la semaine, 3 enfants ont quitté Haïti pour se rendre au Canada.  le 22 avril, nous revenons avec 12 enfants... Douze merveilleux enfants qui nous aurons fait vivre une envolée de quatre heures quelque peu mouvementée.

A l'aéroport de Mirabel, les parents attendent leurs perles en compagnie de notre présidente, Christine Johnson et de notre conseillère au SAI, madame Carole Miville.  L'émotion est grande...

Voilà les petites misères et les grands plaisirs de faire de l'adoption!!!



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