PORTRAIT D'UNE BENEVOLE
Idée de Marie-Chantal Martineau (Rayon de Soleil, Avril 2000)
 


Ginette Gauvreau



Depuis longtemps j'entendais parler en termes si élogieux de Ginette Gauvreau que je souhaitais avoir la chance de la connaître un peu mieux.

- Ginette, comment s'est déroulée ton enfance?

Je suis née à St-Pierre les Becquets, le 22 décembre 1947.  Je suis la deuxième d'une famille de trois enfants.  Mes souvenirs d'enfance sont remplis de moments d'amour et d'entraide au sein de la famille.  Issue d'un milieu modeste, j'ai appris très jeune à travailler afin d'aider à combler les problèmes monétaires de notre famille et d'assister ma mère sur qui reposaient beaucoup de responsabilités.  J'ai donc grandi en apprenant le partage.
Malgré le peu que nous avions, nous étions heureux, sachant très bien que de plus grandes misères que la nôtre existaient dans le monde.  Très jeune, je rêvais d'être missionnaire et d'oeuvrer auprès des enfants qui en avaient besoin.  Bien sûr, mon plan de vie a changé, mais ce désir d'aider est resté bien ancré au fond de moi.  C'est ma mère qui m'a inculqué cette valeur et je lui en suis très reconnaissante car cela m'a amené à de belles réalisations, entre autres dans le domaine de l'adoption.
En ce qui concerne mes études, j'ai complété un baccalauréat en musique et un certificat au Centre des Etudes universitaires de Trois-Rivières en éducation de groupe.  Puis, lors des stages de travail, est survenue la rencontre avec Claude que j'ai épousé plus tard.

- Peux-tu nous parler de ta famille?

Avant même notre mariage, Claude et moi partagions la même vision de la famille que nous souhaitions former.  Nous espérions vivre l'expérience d'une grossesse pour ensuite nous tourner vers l'adoption internationale afin d'aider des enfants ayant déjà la vie mais qui risquaient de la perdre à tout moment en vivant dans des conditions difficiles.  Ce rêve est devenu réalité : après 2 années de mariage naissait notre fils Dominic.  Puis six ans plus tard, nous adoptions nos deux filles, Mélanie et Véronique.

- Que t'a apporté la maternité?

Maman un jour, maman toujours!  Comme c'est vrai!  Je crois que je ne me serais pas autant réalisée sans mes enfants.  Les enfants apportent beaucoup;  des larmes un jour, d'immenses joies le lendemain, mais toujours c'est avec un coeur de maman que je les accueille.  Comme ma mère l'a si bien fait pour moi, je souhaite leur transmettre des valeurs de foi et de coeur, en espérant que ces valeurs leur ouvrent le chemin de la vie.  Pour moi c'est un grand bonheur de voir un tout-petit grandir, s'épanouir et réaliser de grandes choses à son tour.  Depuis le jour ou j'ai désiré des enfants, je n'ai souhaité que leur bonheur.  Encore aujourd'hui, j'espère pour eux le plus grand bonheur possible.

- Depuis combien de temps es-tu bénévole pour l'adoption?

Depuis 20 ans déjà!  Mais même après toutes ces années, la passion est toujours la même.  Vous savez, les besoins actuels en Haïti ne sont pas moindres que ceux d'il y a vingt ans!  Chaque jour des enfants naissent là-bas et ont besoin de parents pour les aimer et leur donner ce dont ils ont besoin.

Comment en es-tu venue au bénévolat?

Oh, c'est une grande histoire d'amour qui commence par notre propre projet d'adoption.  Quelques années après la naissance de notre fils, notre désir d'adopter s'intensifiait et nous souHaïtions vraiment réaliser ce projet.  Il y a 20 ans, aucune association n'existait pour l'adoption en Haïti.  Mais le destin a mis sur notre route une religieuse qui oeuvrait quelques mois par année dans un orphelinat en Haïti.  Elle démontra beaucoup d'intérêt pour notre projet et nous promit son aide lorsqu'elle retournerait là-bas.  Quelques mois plus tard, elle nous avisait par courrier de la possibilité d'adopter une petite fille agée de quelques semaines et abandonnée par sa mère à la naissance.  Sans aucune aide mais armés de détermination et de foi, nous avons entamé les procédures. Les téléphones et les documents se succédaient.  Par la suite un changement fut instauré au niveau gouvernemental, menant à la création d'organismes aptes à oeuvrer en adoption internationale.  C'est ainsi que nous avons finalisé la partie légale du dossier avec l'aide de l'organisme "Welcome a child".  Ce nouvel organisme pilotait aussi les dossiers d'adoption de quelques autres couples.  Après quelques mois d'attente, le responsable de l'organisme nous annonca que le dossier était finalisé et que notre petite fille pouvait voyager.  Vous imaginez les larmes de joie, puis tous les préparatifs de départ : billets d'avion, réservations des chambres et bien sur l'immense valise.  A la veille du départ, constatant qu'il me restait une disponibilité dans mes bagages, je pris l'initiative de téléphoner à la directrice de l'orphelinat en Haïti afin de connaître les besoins des enfants et de vérifier avec elle ce que je pouvais leur apporter.  Surprise d'entendre que je prenais l'avion le lendemain pour Haïti, elle m'informa d'une mauvaise nouvelle.  "Votre fille est retournée vers Dieu le Père il y a 10 jours", m'apprit-elle!

- Mon dieu, quel choc...

Ce fut un choc incroyable.  Au début nous avons cru à une erreur, mais après quelques appels téléphoniques il a fallu nous rendre à l'évidence : notre bébé était décédé.
Il n'était donc plus nécessaire de partir pour Haïti.  A travers cet épisode de peines et de grandes souffrances, j'ai réalisé que l'organisme "Welcome a child" n'avait pas le contrôle de ses dossiers et qu'il lui fallait l'aide de bénévoles.  Immédiatement Claude et moi les avons rencontrés et leur avons offert nos services à titre de bénévoles.  Il nous apparaissait très important d'éviter qu'une situation comme celle que nous avions vécue survienne de nouveau.  Il fallait bâtir une équipe solide pour aider les couples adoptants et les enfants d'Haïti.
Nous avons effectivement formé une telle équipe pendant quelque temps.   J'ai donc voyagé avec eux en Haïti, rencontré les autorités, créé des liens, établi de nouveaux contacts et du même coup remis en marche mon propre projet d'adoption qui se réalisa quelques mois plus tard par la venue de Mélanie et celle de Véronique 10 mois après.  Puis les gens de l'organisme ont perdu le feu sacré et j'ai poursuivi seule le travail.  C'est ainsi que je suis devenue bénévole pour l'adoption en Haïti.

- J'imagine que ce fut un travail colossal au début...

Tout à fait.  Chacun de mes voyages me permettait de constater les immenses besoins des enfants en Haïti.  Il fallait rapidement développer des ressources et mettre sur pied une équipe apte à assumer tout cela.  De dix adoptions par année, nous sommes passés graduellement à plus de cent annuellement.
Evidemment, vous devinez que cà ne s'est pas fait en un jour.  Mais, graduellement, nous avons orchestré des campagnes de financement pour répondre aux besoins les plus urgents.  Vous savez, lors de mes premiers voyages là-bas, les enfants dormaient sur le plancher et recevaient la visite de ratons durant la nuit.  Notre premier achat consista en des blocs de ciments, quelques planches et du tissu afin de soulever les enfants du sol pour leur sommeil et ainsi régler le problème ds ratons.  Puis, peu à peu, nous avons amélioré la condition de vie à l'intérieur de l'orphelinat, procurant ainsi l'essentiel aux enfants.  Malheureusement l'orphelinat a été la proie des flammes dernièrement et tout est à recommencer.
 

- Qu'est-ce qui te motive à poursuivre ce bénévolat?

Travailler dans ce domaine n'est pas toujours facile, lorsque votre bébé pleure et vous réclame alors qu'une mère adoptive vous téléphone et a besoin d'être réconfortée et soutenue.  J'ai vécu souvent cette situation mais je sais que je peux encore aider tous ces enfants en Haïti.
Malgré les difficultés qui surviennent parfois, je reste convaincue que çà vaut la peine de se battre pour donner une meilleure vie à un enfant.  Et puis la joie de toutes ces familles qui réalisent leur projet d'adoption alimente constamment ma motivation à poursuivre.  Vous savez, il est très réconfortant pour une bénévole comme moi de constater le nombre incroyable d'enfants qui sont avec nous au Canada suite à notre intervention.  De plus, je recois beaucoup d'aide et d'appui de la part de "Soleil des Nations" dans la poursuite de mon bénévolat.

- Quelle est ton implication au sein de "Soleil des Nations"?

Nous avons maintenant une bonne équipe qui travaille pour l'adoption en Haïti.  Les tâches sont bien réparties, ce qui me permet de me concentrer encore plus sur les relations avec Haïti.  J'ai aussi plus de temps pour analyser les besoins là-bas et pour diriger les projets des couples adoptants.  Je dois souvent voyager en Haïti et c'est toujours sans hésitation que je m'y rends afin de m'assurer que le nécessaire est fait pour que nos perles des Antilles ne manquent de rien durant l'attente de leur adoption.


- Cette implication doit occuper une place importante dans ta vie?

Oui...une place énorme c'est vrai.  Mais je ne saurais vivre sans cette implication pour l'adoption, car c'est à travers elle que je me suis pleinement réalisée.

- Que trouves-tu le plus difficile dans ton travail?

Il y a bien sûr la difficulté à concilier la vie familiale, la vie professionnelle de chacun et le bénévolat.  Imaginez durant toutes ces années.  Heureusement que Claude était présent et s'impliquait dans la vie familiale.  Toutefois, le plus difficile est l'impuissance ressentie parfois devant des problèmes qui surgissent.  Mais pour la vie d'un enfant, je vais toujours lutter et trouver des solutions.

- En terminant, Ginette, j'aimerais que tu nous partages ce que t'apporte ton action de bénévole...

Les joies vécues à travers ce travail sont indescriptibles.  Constater le résultat de ce travail est un bonheur tellement grand que, chaque fois qu'un enfant arrive dans sa famille adoptive, j'oublie les heures sans dormir ou les heures à rester au bureau en espérant recevoir les dernières nouvelles d'Haïti, l'annulation d'activités familiales ou personnelles parce qu'un voyage d'urgence s'impose, et toutes les difficultés rencontrées.  Chaque adoption qui se concrétise est une histoire d'amour qui finit bien.  A chaque fois mon coeur déborde de bonheur.  Et toutes ces émotions intenses me redonnent l'énergie et la force pour continuer.

- Avant de clore, aimerais-tu ajouter quelque chose?

J'aimerais simplement remercier les parents pour leur confiance, l'équipe qui m'entoure pour leur travail et leur disponibilité, les gens de Soleil des Nations pour leur soutien et principalement la présidente Christine Johnson, et finalement dire merci à tous les intervenants en Haïti qui me font confiance et m'appuient.

Ginette Gauvreau, merci de cet agréable entretien.











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