Ginette Gauvreau
Depuis longtemps j'entendais parler en termes
si élogieux de Ginette Gauvreau que je souhaitais avoir la chance
de la connaître un peu mieux.
- Ginette, comment s'est déroulée
ton enfance?
Je suis née à St-Pierre les Becquets,
le 22 décembre 1947. Je suis la deuxième d'une famille
de trois enfants. Mes souvenirs d'enfance sont remplis de moments
d'amour et d'entraide au sein de la famille. Issue d'un milieu modeste,
j'ai appris très jeune à travailler afin d'aider à
combler les problèmes monétaires de notre famille et d'assister
ma mère sur qui reposaient beaucoup de responsabilités.
J'ai donc grandi en apprenant le partage. - Peux-tu nous parler de ta famille?
Avant même notre mariage, Claude et moi
partagions la même vision de la famille que nous souhaitions former.
Nous espérions vivre l'expérience d'une grossesse pour ensuite
nous tourner vers l'adoption internationale afin d'aider des enfants ayant
déjà la vie mais qui risquaient de la perdre à tout
moment en vivant dans des conditions difficiles. Ce rêve est
devenu réalité : après 2 années de mariage
naissait notre fils Dominic. Puis six ans plus tard, nous adoptions
nos deux filles, Mélanie et Véronique.
- Que t'a apporté la maternité?
Maman un jour, maman toujours! Comme
c'est vrai! Je crois que je ne me serais pas autant réalisée
sans mes enfants. Les enfants apportent beaucoup; des larmes
un jour, d'immenses joies le lendemain, mais toujours c'est avec un coeur
de maman que je les accueille. Comme ma mère l'a si bien fait
pour moi, je souhaite leur transmettre des valeurs de foi et de coeur,
en espérant que ces valeurs leur ouvrent le chemin de la vie.
Pour moi c'est un grand bonheur de voir un tout-petit grandir, s'épanouir
et réaliser de grandes choses à son tour. Depuis le
jour ou j'ai désiré des enfants, je n'ai souhaité
que leur bonheur. Encore aujourd'hui, j'espère pour eux le
plus grand bonheur possible.
- Depuis combien de temps es-tu bénévole
pour l'adoption?
Depuis 20 ans déjà! Mais
même après toutes ces années, la passion est toujours
la même. Vous savez, les besoins actuels en Haïti ne sont pas
moindres que ceux d'il y a vingt ans! Chaque jour des enfants naissent
là-bas et ont besoin de parents pour les aimer et leur donner ce
dont ils ont besoin.
Comment en es-tu venue au bénévolat?
Oh, c'est une grande histoire d'amour qui commence
par notre propre projet d'adoption. Quelques années après
la naissance de notre fils, notre désir d'adopter s'intensifiait
et nous souHaïtions vraiment réaliser ce projet. Il y a 20
ans, aucune association n'existait pour l'adoption en Haïti. Mais
le destin a mis sur notre route une religieuse qui oeuvrait quelques mois
par année dans un orphelinat en Haïti. Elle démontra
beaucoup d'intérêt pour notre projet et nous promit son aide lorsqu'elle
retournerait là-bas. Quelques mois plus tard, elle nous avisait
par courrier de la possibilité d'adopter une petite fille agée
de quelques semaines et abandonnée par sa mère à la
naissance. Sans aucune aide mais armés de détermination
et de foi, nous avons entamé les procédures. Les téléphones
et les documents se succédaient. Par la suite un changement
fut instauré au niveau gouvernemental, menant à la création
d'organismes aptes à oeuvrer en adoption internationale. C'est
ainsi que nous avons finalisé la partie légale du dossier
avec l'aide de l'organisme "Welcome a child". Ce nouvel organisme
pilotait aussi les dossiers d'adoption de quelques autres couples.
Après quelques mois d'attente, le responsable de l'organisme nous
annonca que le dossier était finalisé et que notre petite
fille pouvait voyager. Vous imaginez les larmes de joie, puis tous
les préparatifs de départ : billets d'avion, réservations
des chambres et bien sur l'immense valise. A la veille du départ,
constatant qu'il me restait une disponibilité dans mes bagages,
je pris l'initiative de téléphoner à la directrice
de l'orphelinat en Haïti afin de connaître les besoins des enfants et de
vérifier avec elle ce que je pouvais leur apporter. Surprise
d'entendre que je prenais l'avion le lendemain pour Haïti, elle m'informa
d'une mauvaise nouvelle. "Votre fille est retournée vers Dieu
le Père il y a 10 jours", m'apprit-elle!
- Mon dieu, quel choc...
Ce fut un choc incroyable. Au début
nous avons cru à une erreur, mais après quelques appels téléphoniques
il a fallu nous rendre à l'évidence : notre bébé
était décédé.
- J'imagine que ce fut un travail colossal
au début...
Tout à fait. Chacun de mes voyages
me permettait de constater les immenses besoins des enfants en Haïti.
Il fallait rapidement développer des ressources et mettre sur pied
une équipe apte à assumer tout cela. De dix adoptions
par année, nous sommes passés graduellement à plus
de cent annuellement.
- Qu'est-ce qui te motive à poursuivre
ce bénévolat?
Travailler dans ce domaine n'est pas toujours
facile, lorsque votre bébé pleure et vous réclame
alors qu'une mère adoptive vous téléphone et a besoin
d'être réconfortée et soutenue. J'ai vécu
souvent cette situation mais je sais que je peux encore aider tous ces
enfants en Haïti.
- Quelle est ton implication au sein
de "Soleil des Nations"?
Nous avons maintenant une bonne équipe
qui travaille pour l'adoption en Haïti. Les tâches sont bien réparties,
ce qui me permet de me concentrer encore plus sur les relations avec Haïti.
J'ai aussi plus de temps pour analyser les besoins là-bas et pour
diriger les projets des couples adoptants. Je dois souvent voyager
en Haïti et c'est toujours sans hésitation que je m'y rends afin
de m'assurer que le nécessaire est fait pour que nos perles des
Antilles ne manquent de rien durant l'attente de leur adoption.
Oui...une place énorme c'est vrai.
Mais je ne saurais vivre sans cette implication pour l'adoption, car c'est
à travers elle que je me suis pleinement réalisée.
Il y a bien sûr la difficulté à
concilier la vie familiale, la vie professionnelle de chacun et le bénévolat.
Imaginez durant toutes ces années. Heureusement que Claude
était présent et s'impliquait dans la vie familiale.
Toutefois, le plus difficile est l'impuissance ressentie parfois devant
des problèmes qui surgissent. Mais pour la vie d'un enfant,
je vais toujours lutter et trouver des solutions.
- En terminant, Ginette, j'aimerais que
tu nous partages ce que t'apporte ton action de bénévole...
Les joies vécues à travers ce
travail sont indescriptibles. Constater le résultat de ce
travail est un bonheur tellement grand que, chaque fois qu'un enfant arrive
dans sa famille adoptive, j'oublie les heures sans dormir ou les heures
à rester au bureau en espérant recevoir les dernières
nouvelles d'Haïti, l'annulation d'activités familiales ou personnelles
parce qu'un voyage d'urgence s'impose, et toutes les difficultés
rencontrées. Chaque adoption qui se concrétise est
une histoire d'amour qui finit bien. A chaque fois mon coeur déborde
de bonheur. Et toutes ces émotions intenses me redonnent l'énergie
et la force pour continuer.
- Avant de clore, aimerais-tu ajouter
quelque chose?
J'aimerais simplement remercier les parents
pour leur confiance, l'équipe qui m'entoure pour leur travail et
leur disponibilité, les gens de Soleil des Nations pour leur soutien
et principalement la présidente Christine Johnson, et finalement
dire merci à tous les intervenants en Haïti qui me font confiance
et m'appuient.
Ginette Gauvreau, merci de cet agréable
entretien.
Malgré le peu que nous avions, nous
étions heureux, sachant très bien que de plus grandes misères
que la nôtre existaient dans le monde. Très jeune, je rêvais
d'être missionnaire et d'oeuvrer auprès des enfants qui en
avaient besoin. Bien sûr, mon plan de vie a changé, mais ce
désir d'aider est resté bien ancré au fond de moi.
C'est ma mère qui m'a inculqué cette valeur et je lui en
suis très reconnaissante car cela m'a amené à de belles
réalisations, entre autres dans le domaine de l'adoption.
En ce qui concerne mes études, j'ai
complété un baccalauréat en musique et un certificat
au Centre des Etudes universitaires de Trois-Rivières en éducation
de groupe. Puis, lors des stages de travail, est survenue la rencontre
avec Claude que j'ai épousé plus tard.
Il n'était donc plus nécessaire
de partir pour Haïti. A travers cet épisode de peines et de
grandes souffrances, j'ai réalisé que l'organisme "Welcome
a child" n'avait pas le contrôle de ses dossiers et qu'il lui fallait l'aide
de bénévoles. Immédiatement Claude et moi les
avons rencontrés et leur avons offert nos services à titre
de bénévoles. Il nous apparaissait très important
d'éviter qu'une situation comme celle que nous avions vécue
survienne de nouveau. Il fallait bâtir
une équipe solide pour aider les couples adoptants et les enfants
d'Haïti.
Nous avons effectivement formé une
telle équipe pendant quelque temps. J'ai donc voyagé
avec eux en Haïti, rencontré les autorités, créé
des liens, établi de nouveaux contacts et du même coup remis
en marche mon propre projet d'adoption qui se réalisa quelques mois
plus tard par la venue de Mélanie et celle de Véronique 10
mois après. Puis les gens de l'organisme ont perdu le feu
sacré et j'ai poursuivi seule le travail. C'est ainsi que
je suis devenue bénévole pour l'adoption en Haïti.
Evidemment, vous devinez que cà ne
s'est pas fait en un jour. Mais, graduellement, nous avons orchestré
des campagnes de financement pour répondre aux besoins les plus
urgents. Vous savez, lors de mes premiers voyages là-bas,
les enfants dormaient sur le plancher et recevaient la visite de ratons
durant la nuit. Notre premier achat consista en des blocs de ciments,
quelques planches et du tissu afin de soulever les enfants du sol pour
leur sommeil et ainsi régler le problème ds ratons.
Puis, peu à peu, nous avons amélioré la condition
de vie à l'intérieur de l'orphelinat, procurant ainsi l'essentiel
aux enfants. Malheureusement l'orphelinat a été la
proie des flammes dernièrement et tout est à recommencer.
Malgré les difficultés qui surviennent
parfois, je reste convaincue que çà vaut la peine de se battre pour donner
une meilleure vie à un enfant. Et puis la joie de toutes ces
familles qui réalisent leur projet d'adoption alimente constamment
ma motivation à poursuivre. Vous savez, il est très
réconfortant pour une bénévole comme moi de constater
le nombre incroyable d'enfants qui sont avec nous au Canada suite à
notre intervention. De plus, je recois beaucoup d'aide et d'appui
de la part de "Soleil des Nations" dans la poursuite de mon bénévolat.
- Cette implication doit occuper une
place importante dans ta vie?
- Que trouves-tu le plus difficile dans
ton travail?