Bonjour tout le monde!
Roman fleuve... désolée, j'ai pas l'esprit de synthèse. Abstenez-
vous de voir les fotes aussi ;-)
Et bien voilà, enfin quelques minutes de libre. Je suis claquée
mais je récupère tranquillement.
Je n'oublierai jamais ce voyage éclair à PAP pour plusieurs
raisons. Pour la rencontre avec ma fille, bien sûr, mais aussi
parce que je parle d'Haïti depuis si longtemps, je veux en voir les
beautés un jour. Quel beau peuple! (dans tous les sens, croyez-moi!)
Je suis donc montée à Mtl le mardi avec ma sœur. Rien de spécial à
dire à propos de cela sinon qu'on s'est perdues au moins 7-8 fois,
rien que ça. J'étais arrêtée chez la directrice à T-R en montant,
pour chercher des poches d'effets de bébés pour la crèche. Et mon
information, évidement. J'étais ultra stressée. Londres, Paris,
Madrid ou Rome n'avait rien de stressant comparativement à Port-au-
Prince. Je partais le lendemain à 9h40 pour arriver là-bas vers
14h00 et on repartait vers 15h35 alors calculez comme vous voulez,
c'est court. Je devais donc être au bureau de Nolitour le lendemain
matin vers 5h pour obtenir un billet en classe Club (impossible de
les acheter à l'avance) afin d'être une des premières à sortir.
J'étais là à 4h30, que voulez-vous, je ne dormais plus depuis 3h00.
Ils ont ouvert vers 6h00, je pensais devenir folle entre ma sœur qui
guettait le chariot à Air Transat et moi qui feelais pour avoir une
attaque en ligne au kiosque. Puis finalement, la fille très
gentille m'a donné mon Club et m'a préparé mes billets de retour,
pour pépette et moi. Course à Transat. J'avais déjà inondé la
responsable de questions sur le fonctionnement du débarquement, elle
a été super cool. Mon niveau de stress devait de 82 sur 10, je vous
le jure. En débarquant, je devais être la première, ne faire «
aucune » file.
Quand je suis embarquée à bord, une dame est venue
me voir pour me demander si c'était moi qui allais chercher un
bébé... euh!! Ouais... ça parait tant que ça??? La fille de
l'aéroport lui a dit qu'il y avait une hystérique à bord so... ;-)
mais voilà qu'elle me dit qu'elle m'aiderait à passer l'immigration
rapidement et qu'elle se chargeait d'aller chercher nos cartes
d'embarquement donc, ça de moins à faire... ouf!!! J'étais
tellement stressée depuis l'aéroport que lorsque j'ai passé le
premier contrôle et que j'ai vu une fille s'approcher de moi avec
des gants de latex en disant « vous permettez madame que je fasse un
fouille corporelle? Mon regard en disait long quand je regardais
ses gants (corporelle comme dans... corporelle???), dieu merci elle
m'a répondu « non non, juste... comme ça là... ». Je
lui réponds "faites-donc très chère, faites votre boulot, si vous
trouvez autre chose que mes courbes, faites-moi signe ». Très
inconfortable mais je m'en foutais carrément, je voulais juste
rentrer dans ce maudit avion. J'ai par la suite rencontré un gars de
Charlesbourg, on a attendu ensemble en jasant. Étrange car en
rentrant ds l'avion, en rencontrant les membres du staff qui se sont
tous mis à mon service, en repensant à ce gars qui m'a permis de me
relaxer un ti peu, je repensais aux quelques heures précédentes
alors que je quittais ma sœur en pleurant, tournant le dos et me
disant « ma fille, t'es tellement on your own maintenant... » Mais
voilà... on est jamais vraiment seul...
Le vol s'est bien passé, je repassais le scénario ds ma tête mille
fois. Tu débarques et blablabla. En survolant Haïti, j'ai pu voir
la beauté de la mer, des plages sans baigneurs, des montagnes sans
arbres et de grands espaces plutôt désertiques.
On touche le sol... enfin enfin... quelle chaleur, c'est bon pour
me calmer, et voilà, la dame de l'avion me fait signe, ça va bien
aller, l'agent de bord en chef me dit « on ne partira jamais sans
vous », la course contre la montre commence, vas vers les musiciens,
y'a qu'une porte d'ouverte, tu peux pas les manquer, bravo, la
première à l'immigration, je passe rapidement, oui oui, je retourne
tout de suite, je sais, pas brillant hein? J'aurais voulu faire
votre connaissance, promis, je reviendrai. Ensuite les douanes,
merde, un line-up, elle m'a dit « tu ne dois faire aucune file,
demande qu'on te laisse passer » (j'suis absolument pas du genre à
bousculer), ce que je fis, dieu qu'ils sont gentils, même le vieux
monsieur bougon qui me dit « haaaa allez, va! », je passe donc, et
là... ouf, je dois sortir du bâtiment (que j'ai su la veille, je ne
pensais pas devoir quitter l'intérieur, j'ai peur là) pour longer le
devant où tout le monde attend les arrivées, afin de retourner à
l'autre extrémité. Ciel, faites que je n'entende pas de coups de
feu, svp, une autre fois mais pas maintenant...
Ca va, y'a tellement de monde qui vient me voir pour savoir si j'ai besoin d'un
taxi, d'un kiosque, d'un je ne sais quoi, mais non merci, je suis
attendue, pas besoin, et tout le peu de temps, environ 30 secondes,
que j'ai dû marcher à l'extérieur du bâtiment, c'est là que j'ai eu
un pincement lorsque j'ai vu passer une de ces voitures multicolore,
j'me suis dis « merde, j'aurais voulu rester et voir PAP et
Régine », mais voilà, je suis si près du but, la dernière porte, un
contrôle pour entrer à nouveau, je devais allors aller à
l'information pour retrouver la responsable qui aurait ma fille avec
elle mais voilà... j'ai eu juste le temps de tourner la tête et...
je l'ai vue, MA fille, ma petite Bella, je ne voyais même pas qui la
tenait, elle aurait dû être plus loin mais elle venait vers moi,
elle avait vue ma photo... j'avais peur de ne pas la reconnaître,
pour moi tous les enfants noirs se ressemblent, mais non, impossible
de se tromper, j'avance doucement me demandant comment j'allais
faire pour tenir le coup car il ne faut pas la brusquer et moi... je
manque de respire là... j'étouffe, je fabule, on va devoir me
ramasser, c'est trop fort... elle a l'air d'une petite princesse
avec sa robe rose avec des fleurs, ses cheveux bien coiffés et ses
petits pichoux Fraisinette, dieu qu'elle est belle, et qu'elle a
peur... je donne les coupons de bagages à R. elle me donne les
papiers de Bella-Mathilde, y'a que le bébé et ce qu'elle porte,
c'est tout... la fille d'Air Transat court vers moi, je pleure et
elle rit, elle la trouve belle, me donne mes billets, me dit qu'elle
m'attend l'autre côté, merci... on fait un bout et là, arrivée à
l'immigration je dis à R. « ça va, je la prends maintenant, ça ira,
on va être ok »... je l'ai prise et elle a pleuré... beaucoup pleuré
(mais c'était bon signe, j'étais heureuse qu'elle pleure), passé
l'immigration, je l'ai mise dans le porte-bébé que j'avais acheté à
la dernière minute et lui ai donné un biscuit, elle s'est calmée un
peu, elle était collée contre moi car j'ai un porte bébé sans séparation
avec le parent... on avait chaud, très très chaud, on a attendu pas
très longtemps avant qu'on me fasse signe de monter tout de suite,
pardon tout le monde mais merci...
L'avion n'était même pas prêt...
Hallucinant... La marche entre l'aéroport et l'avion fut difficile,
je pleurais comme une Madeleine parce que j'étais heureuse de
l'avoir avec moi et elle pleurait car elle ne voulait pas être avec
moi... nous sommes montées doucement, je n'ai pas voulu me
retourner, c'était trop difficile, j'avais encore des doutes...
arrivées dans l'avion, on va aux sièges et là, évidemment j'ai eu
tous les agents de bord pour nous... ils sont extraordinaires...
elle pleure comme une damnée... allez hop!! je l'installe sur un
oreiller pour qu'elle soit plus prêt de moi, l'attache et lui
redonne un biscuit... voilà... elle se calme... les gens rentrent
doucement, un beau jeune homme vient s'installer au hublot (je
n'aime pas les hublots... les hauteurs) et là elle a fini son
biscuit... mais elle ne pleure plus, je tourne la tête et elle me
regarde... my god... le regard... j'peux pas décrire... dieu merci
j'ai été bien coachée... ne détourne pas le regard, elle te supplie
là... alors je la regarde aussi intensément... ça dure je ne sais
combien de temps et là, je prends mon courage à deux mains et lui
dis calmement ce qu'il fallait que je lui dises, une fois clairement
dans sa vie « ça va Bella, je suis ta maman pour toujours, je serai
toujours avec toi, tu peux me faire confiance... » et elle a baissé
le regard et s'est laissée aller contre moi, doucement... je lui ai
flatté le visage et elle s'est endormie... elle a dormie comme ça
pendant 4 heures... les agents de bord n'en revenaient pas. Moi non
plus d'ailleurs, je m'étais attendue au pire, du genre elle hurle
pendant tout le vol, mais non. Elle prenait ma main et dormait
collée sur moi. J'avais alors comme un sentiment d'irréel,
difficile de croire ce que je venais de faire, difficile de savoir
ce que serait demain.
À l'arrivée, encore une fois, dieu merci j'avais ce porte-bébé car
passer à l'immigration, c'est hallucinant. Je ne peux pas croire
qu'on accueille les étrangers ainsi, et je ne peux pas croire qu'on
met à mon service des gens aussi condescendants. Pouvez-vous
m'imaginer en train d'insulter quelqu'un publiquement? Non... mais
je l'ai fait et je vous passe les détails de la conversation.
Anyway, on était au moins 200 et je devais être la seule francophone
dans la ligne. Ils n'ont rien compris, sauf que j'étais en pétard.
À 21h15, je me fâche, je suis méchante (euh... pas mon genre non
plus là) et... ça marche... la petite était faible, n'avait pas
beaucoup mangé malgré ce que j'avais apporté et pas question qu'elle
attende 2 heures de plus à cause de leur incompétence. Et je savais
que toute ma famille était là, les enfants itou... mais c'est long.
Bella dort... et moi je marche et je pleure... je suis claquée et
j'imagine la tête qu'ils feront quand ils nous verront... je les
vois de loin et je suis émue, j'espère qu'ils l'aimeront, elle en
aura bien besoin... ça a fait du bien de les voir. On a pleuré...
mademoiselle a à peine ouvert les yeux... brûlée de stress la
petite... enfin... il faut retourner à Québec.
Bien emmitouflée, le retour s'est bien passé. Changée, couchée...
et maman l'a suivi mais malgré la fatigue, le sommeil ne venait
pas. Quelle journée! Quelle année!!! Et les 2 derniers mois...
aie...
Nous sommes aujourd'hui samedi... Mercredi, le réveil fut brutal, je
vous passe les détails mais elle a été malade, même le matelas est
foutu, j'ai tout jeté. Je n'ai jamais vu et senti ça de ma vie.
C'est hallucinant. Ça dure toute la journée. T'auras pas de fèves
rouges aujourd'hui ma fille, c'est pas vrai. Elle est figée et
plutôt faible. Je la fais boire en masse. À la fin de la journée,
elle est beaucoup mieux... à la fin de la journée... elle a accepté
que je la berce avant d'aller au dodo... quelle sensation...
Vendredi, ce fut une journée merveilleuse. J'avais extrêmement peur
du rejet, c'est la peur de toutes les mères. Elle observe, ne dit
pas un mot, ne bouge pas, encore une fois. Mais à force de finir
toutes mes phrases par maman, je crois qu'elle a vite saisi. Quand
on a un enfant ou qu'on adopte, on attend toujours le premier
sourire, le premier mot et tout. Et bien on a fait une sieste la
pépette couchée sur moi, son premier mot fut « Maman... maman... »
en pleurant, quand je l'ai déposée après 30 minutes alors qu'elle
devait dormir... et son premier sourire et sa première grimace
furent aussi pour aujourd'hui... qu'elle est belle... je sens
qu'elle a tellement besoin d'affection, c'est incroyable.
Aujourd'hui, on a rigolé. Elle a eu sa première crème glacée...
bof... elle est en mode survie là. Elle mange comme une ogresse,
des fruits, de la viande et des légumes en masse. Le spag n'a pas
eu de succès. Le sucré non plus. Elle mange et elle dort.
Alors à partir de là, on s'apprivoise doucement. Ça va être
l'histoire d'une vie.
Et voilà... ça n'est qu'un bref résumé car sincèrement, il m'est
difficile de mettre certains mots sur certaines émotions.
On se verra bientôt...
Elle doit d'abord comprendre que je ne suis pas une nounou de plus
dans sa vie, mais sa maman pour toujours, dans les semaines à venir,
on fera rentrer la famille doucement dans son environnement, ensuite,
tous les amis... et y'en a du monde, c'est pas croyable.
Donc, au plaisir de vous parler sous peu... je vais faire dodo je
crois... je suis en déficit de sommeil...
À bientôt.... zzzzzzzzzzzzzz
Sylvie
Soleil des Nations C.P. 20025 Trois-Rivières Ouest (Québec) Canada G8Z 4T9 Téléphone (819)693-3223 Télécopieur (819)693-3206 |