Nous sommes une famille reconstituée de 7 enfants dont 3 qui sont adultes et autonomes; au moment de l'adoption, nous avions 4 enfants à la maison. Nous voulions grandement avoir un dernier enfant, mais j'ai fait quatre fausses-couches. Nous avons alors pensé à l'adoption. On avait le choix entre l'adoption internationale ou l'adoption au Québec par la banque mixte. Étant donné notre âge à ce moment-là (40 et 53 ans), la banque mixte nous semblait un projet trop risqué (l'enfant placé chez-vous en famille d'accueil, ne deviendra adoptable que quelques années plus tard, s'il devient adoptable). Nous ne voulions pas risquer de nous retrouver encore plus vieux, et attachés à un enfant qui risquait de partir.
Nous nous sommes donc tournés vers l'adoption internationale. Nous avons choisi Haïti parce qu'on a une attirance profonde envers ce peuple et, en plus, l'adoption se fait rapidement. Nous avons donc contacté Soleil des Nations au début décembre et avons commencé les démarches. Au début, on avait l'impression que nous ne finirions jamais de remplir des papiers, etc., mais après que ça ait été fini, on s'est aperçu que ce n'était pas si long que ça.
La démarche de préparation est très importante car c'est aussi un apprivoisement à l'enfant qu'on porte dans notre coeur.On y pense continuellement et on a très hâte de savoir qui il ou elle est. La grande nouvelle nous est arrivée un samedi matin, à la fin de février 2001.Une petite fille de 16 mois nous était promise. Ce moment-là se compare vraiment au moment où on a la confirmation de notre grossesse. C'est vrai maintenant, ce n'est plus juste une idée, une vraie petite fille nous attend en Haïti !!! Et là, la VRAIE attente commence car au moment où tu sais qu'elle existe, qu'elle se prépare elle aussi à venir, tu ne vis que pour le moment où tu pourras la voir. On a trouvé cette période longue à vivre, car contrairement à une grossesse où tu vis avec l'enfant même dans l'attente de sa naissance, là on n'avait pas toujours des nouvelles de notre petite fille, on ne savait pas comment c'était pour elle, etc.
Le 5 mai 2001, c'est le grand jour de l'accouchement; mais cette fois-ci c'est le papa qui accouchait. Il a pris l'avion le matin de Montréal pour aller chercher notre fille en Haïti. Arrivé en Haïti, il avait une heure pour prendre la petite, faire les papiers d'immigration et revenir. Le stress était à son comble surtout que la petite n'était pas encore à l'aéroport quand il est arrivé. Au retour, dans l'avion, elle a beaucoup pleuré; de bonnes grands-mamans haïtiennes sont venues offrir leur aide à Jean-Pierre, mais il a gentiment refusé de leur confier Magalie car il savait qu'il se devait de créer tout de suite un lien avec notre fille même dans ce moment très difficile pour elle.
Moi, j'attendais, à la maison, le moment d'aller les chercher à l'aéroport. Quelle longue journée! Enfin, quand ils arrivèrent , je ne pouvais plus contenir mon coeur. Finalement, j'ai aperçu Jean-Pierre de loin, avec une toute petite fille dans ses bras. Quand il arriva enfin près de moi, je pris cette petite perle dans mes bras. Je me sentais tellement émue, inquiète de voir son regard apeuré, et en même temps tellement contente de la voir et de l'avoir enfin. Elle avait tellement pleuré qu'elle avait le visage tout taché de gris. Elle ne voulait pas manger, ni boire. Elle était en état de stress très grand. Tout le long du trajet en revenant, elle regardait dehors mais ne voulait pas nous regarder. Je me sentais chavirée par son chagrin et sa peur. Quand nous sommes arrivés à la maison, ses grands frères et grandes soeurs étaient
très contents de la voir enfin, mais elle, encore toute perdue, les regardait sans bouger. Elle s'est finalement endormie. Le lendemain matin, elle s'est réveillée et elle a vu les enfants... comme si c'était la première fois. Elle est allée jouer avec eux, et ça été le début d'une belle aventure qui dure depuis maintenant 8 mois. C'est une petite fille adorable; elle a du caractère, elle aime chanter, danser et surtout rire. Mon attachement a été très rapide considérant qu'elle avait déjà presque 2 ans. Je me demandais si je me sentirais rapidement sa maman; et bien oui. C'est une expérience merveilleuse de vivre la maternité de cette façon. Elle n'est pas de moi, mais je suis sa maman au même titre que je suis la maman de mes autres enfants qu'on appelle biologiques. La seule différence, c'est que je ne connais pas ce qu'a été sa vie les deux premières années. Pour le reste, mon lien d'attachement suit le même parcours que celui que je tisse avec mes autres enfants.
Je remercie toutes les personnes qui travaillent si fort et avec tant de coeur à Soleil des Nations afin de permettre à des enfants de trouver une famille, et à des parents de vivre l'expérience merveilleuse et extraordinaire d'accompagner un enfant dans sa découverte de soi et de la vie.
Carole N.