GINETTE GAUVREAU, LA "PROTECTRICE"
Article du Today's Parent, Mai 2006, "Nos héros : les gagnants 2006"
Il arrive parfois que vous arriviez trop tard, malgré tous vos efforts et la vitesse à laquelle vous essayez d'y aller. Ginette Gauvreau l'a appris en 1979, la veille de son départ de Trois-Rivières, vers Haïti, où son mari et elle allaient enfin chercher le bébé qu'ils avaient adopté. Leurs bagages étaient presque complétées lorsqu'elle a décidé d'appeler l'orphelinat pour vérifier si l'enfant avait besoin de quelque chose en particulier.
"Personne ne vous a appelé?" leur a demandé le directeur de l'orphelinat. "Votre petite fille est allée rejoindre Notre Père il y'a 10 jours".
Anéantie, Mme Gauvreau n'a jamais oublié cette leçon. Ayant déjà enseigné le piano, elle savait que la pratique rend quelqu'un, sinon parfait, du moins plus expérimenté et efficace, et cette tragédie l'a rendue plus que jamais déterminée à aider les enfants abandonnés en Haïti. Depuis plus de 25 ans, elle voyage fréquemment en Haïti (les 5 dernières années, elle s'y rendait une semaine sur cinq), en collaboration avec un orphelinat à Port-au-Prince, afin de s'assurer que les enfants sont bien traités et afin d'aider les couples canadiens à négocier avec les procédures d'adoption parfois byzantines du pays. Et, au travers de tout ce parcours, Mme Gauvreau et son mari ont élevé leur fils et leurs deux filles adoptées en Haïti.
Une grande partie de ses voyages a été réalisée en tant que bénévole de Soleil des Nations, un organisme d'adoption québécois; plus récemment, elle est devenue la directrice à temps partiel de la section "Haïti" de l'organisme. Alors qu'au début, elle ne réalisait qu'une dizaine d'adoptions par année, leur nombre s'est rapidement élevé à plus de 75 par année. (Au moment de mettre sous presse, le nombre d'adoptions était réduit de moitié, à cause de la situation politique instable actuelle en Haïti.)
Le travail est souvent frustrant, mais Mme Gauvreau, qui est veuve aujourd'hui, ne changerait pour rien au monde. Imaginez la mère haïtienne, désespérée, qui a appelé son hôtel un jour, pour lui dire que si elle, Mme Gauvreau, n'arrivait pas d'ici deux heures pour prendre ses bébés jumelles, elles seraient jetées en pâture aux cochons. La mère n'avait pas de lait pour les nourrir et elle n'en pouvait plus de les entendre pleurer.
Déterminée, Mme Gauvreau et un médecin ont bravé les chemins tortueux et traversé une rivière en lancant des roches pour se fabriquer un pont de fortune. Ils sont arrivés chez la mère un peu plus de deux heures plus tard, trop tard pour une des petites filles que la mère avait déjà jetée aux cochons. Mme Gauvreau s'est alors précipitée sur l'autre bébé et l'a prise dans ses bras. Elle a dit : "Quelquefois, vous arrivez juste à temps, même si vous êtes un peu en retard".
Traduit de l'anglais par Fabienne Dubeau, texte original de Lisa Fitterman, Today's Parent (voir ICI pour l'article en anglais).