Comment te raconter
l’histoire de ton adoption? Cela commence par un rêve… Ton
papa et moi avons eu deux garcons avant toi. Depuis très
longtemps nous rêvions d’adopter une enfant pour compléter
notre famille. En 1997, voilà que papa Benoît est appelé
à partir en mission en Haïti pour six mois. Cela nous
convainc de concrétiser notre projet. Nous commencons les
démarches : appel à l’organisme Soleil des Nations, évaluation
psycho-sociale, rendez-vous de toutes sortes… tous les papiers sont finalement
réunis et nous envoyons notre dossier en octobre 1997. L’attente
commence…
Tes deux frères,
Marc-Eric et Vincent sont impliqués dans le projet dès que
nous décidons d’entreprendre les démarches d’adoption.
Venus en Haiti avec moi durant l’été pour rejoindre papa
Benoit, ils ont découvert la réalité haitienne.
Là-bas, la réalité n’est pas rose! C’est un pays aux
paysages magnifiques, mais la vie n’est pas facile pour la population.
Je regarde les enfants et je rêve de te serrer dans mes bras!!!
Le 22 décembre
1997, Ginette Gagnon nous offre un cadeau de Noël : elle nous propose
une enfant de 21 mois : TOI, NOTRE FILLE!
Quel bonheur!
Quelle fête pour notre famille : voilà qu’elle compte vraiment
cinq membres. Tu es réelle, tu as déjà ta place
toute chaude dans chacun de nos coeurs. Nous avons hâte d’être
réunis.
Tu ne peux imaginer
combien tu es attendue par tout notre entourage : nos proches ont entendu
parler de toi très souvent. Les gens autour de nous ont été
plus que généreux : vêtements (tu seras habillé
comme une princesse pour les cinq prochaines années), bassinette,
siège d’auto, jouets de toutes sortes, meubles…
Quand nous recevons
les photos en mars, on prévoit que tu entreras au pays en mai.
Imagine notre surprise le 5 avril quand nous apprenons que le 15 du même
mois, je pourrai te serrer dans mes bras. Il est donc décidé
que je m’envolerai vers toi et que Benoit restera auprès de
tes deux frères.
Quand je t’ai
vue pour la première fois, tu dormais sur les genoux d’une dame.
Je voyais ton petit derrière sans savoir que c’était toi
: au contraire, j’étais persuadée que tu n’étais pas
dans la pièce parce qu’on m’avait dit que je te verrais seulement
dans la soirée et il était seulement 15 heures. Deuxièmement,
tu semblais beaucoup trop petite pour être MA FILLE.
Tu étais
un petit bébé.
Quelle émotion
quand on t’a retournée et que j’ai reconnu ton visage. Marie-Julie,
il n’y a pas de mot pour expliquer ce que j’ai ressenti : la joie de te
serrer dans mes bras, mais aussi la peur… la peur de l’inconnu. Je
ne pouvais croire que tu étais avec moi, je découvrais l’ampleur
de ce que je t’obligeais à vivre : devenir ma fille, la fille de
Benoit, la soeur de Marc-Eric et de Vincent. Changer de pays… T’habituer
à tout ce que ton adoption impliquait. Tu étais pleine
de boutons, partout, partout… La varicelle, la gale ou bien une infection
de peau???
Plus tard, j’ai
appris que c’était la varicelle mais les premiers temps, ton état
m’inquiétait : on te faisait prendre des antibiotiques, tu avais
la diarrhée, des boutons… Je t’ai observée sur toutes les
coutures, je me suis collée à toi… mais pas trop car je ne
voulais pas m’imposer.
Tu m’as souri
dans la soirée : un petit sourire discret, mais là quand
même! Marie-Julie, tu ne peux pas savoir combien je t’ai aimée
rapidement : je ne t’ai pas portée dans mon ventre mais dans mon
coeur. Marie-Julie, je t’assure que ton attente et notre rencontre
ont été aussi intenses que si je t’avais portée dans
mon ventre. Je te l’assure!
Les jours suivants,
tu t’es fait connaître d’une facon incroyable : tu es une petite
fille exceptionnelle. Puisque je suis ta mère, il faut croire
que je ne suis pas objective. Tu es coquine, tu es charmeuse, on
te surnomme Marie-Clown. Tu fais rire et tu aimes cela.
Après deux
jours, quand je m’éloigne de toi, tu me réclames. Tu
me bouleverses en m’appelant maman pour la première fois.
A l’hôtel, nous sommes bien entourées :
-Maman Lucie et
Valérie, qui sont réunies pour la première fois, comme
nous!
-Maman Francoise
et Emma, qui arrivent quelques jours plus tard.
-Madame Gagnon,
une femme extraordinaire, que j’estime énormément,
-Martine Beaurivage,
une compagne pleine de douceur,
Un groupe plein
de vie et d’émotions!!
Le 22 avril, on
s’envole vers ta nouvelle maison. Avec nous, douze autres enfants
font le voyage, dont une petite fille que je ramène vers ses nouveaux
parents. Marie-Julie, je me sens riche de la vie; l’impression
qu’elle me gâte trop. Un véritable comité d’accueil
nous attend à Mirabel. Les semaines suivantes, Marie-Julie,
tu es un véritable petit rayon de soleil. Tu es avec
nous comme si tu y avais toujours été.
L’inconnu ne me
fait plus peur; je sais que tu es heureuse auprès de nous.
J’ai confiance en toi; l’avenir sera heureux, avec ses joies et ses peines.
Ton papa et moi, sans oublier tes deux grands frères , seront toujours
auprès de toi pour te seconder. Finalement, je vais te dire
un secret : souvent, j’ai une pensée pour ta mère naturelle.
Dans mes prières, je la remercie et je l’assure que tu vas bien.
Avec tout mon
amour,
Maman Brigitte
Quand je te regarde
vivre, débordante de joie et curieuse de tout, mon coeur éclate.
Quand tu joues avec tes poupées ou que tu regardes tes petits livres
en marmonnant, quand tu fais la coquine, tu me fais rire! Quand tu
as fait ton premier pipi dans le pot, quand tu acceptes patiemment que
je tresse tes cheveux, tu fais ma fierté! Quand tu te tirailles
avec tes frères, quand tu répètes tout ce qu’on dit,
tu fais ma joie! Quand tu te fâches ou quand tu pleures, tu
me montres que tu as du tempérament!