LETTRE A MARIE-JULIE
Par Brigitte Venne (Septembre 1998)



Comment te raconter l’histoire de ton adoption?  Cela commence par un rêve… Ton papa et moi avons eu deux garcons avant toi.   Depuis très longtemps nous rêvions d’adopter une enfant pour compléter notre famille.  En 1997, voilà que papa Benoît est appelé à partir en mission en Haïti pour six mois.  Cela nous convainc de concrétiser notre projet.  Nous commencons les démarches : appel à l’organisme Soleil des Nations, évaluation psycho-sociale, rendez-vous de toutes sortes… tous les papiers sont finalement réunis et nous envoyons notre dossier en octobre 1997.  L’attente commence…

Tes deux frères, Marc-Eric et Vincent sont impliqués dans le projet dès que nous décidons d’entreprendre les démarches d’adoption.  Venus en Haiti avec moi durant l’été pour rejoindre papa Benoit, ils ont découvert la réalité haitienne.  Là-bas, la réalité n’est pas rose! C’est un pays aux paysages magnifiques, mais la vie n’est pas facile pour la population.  Je regarde les enfants et je rêve de te serrer dans mes bras!!!

Le 22 décembre 1997, Ginette Gagnon nous offre un cadeau de Noël : elle nous propose une enfant de 21 mois : TOI, NOTRE FILLE!

Quel bonheur!  Quelle fête pour notre famille : voilà qu’elle compte vraiment cinq membres.  Tu es réelle, tu as déjà ta place toute chaude dans chacun de nos coeurs.  Nous avons hâte d’être réunis.

Tu ne peux imaginer combien tu es attendue par tout notre entourage : nos proches ont entendu parler de toi très souvent.  Les gens autour de nous ont été plus que généreux : vêtements (tu seras habillé comme une princesse pour les cinq prochaines années), bassinette, siège d’auto, jouets de toutes sortes, meubles…

Quand nous recevons les photos en mars, on prévoit que tu entreras au pays en mai.  Imagine notre surprise le 5 avril quand nous apprenons que le 15 du même mois, je pourrai te serrer dans mes bras.  Il est donc décidé que je m’envolerai vers toi et que  Benoit restera auprès de tes deux frères.

Quand je t’ai vue pour la première fois, tu dormais sur les genoux d’une dame.  Je voyais ton petit derrière sans savoir que c’était toi : au contraire, j’étais persuadée que tu n’étais pas dans la pièce parce qu’on m’avait dit que je te verrais seulement dans la soirée et il était seulement 15 heures.  Deuxièmement, tu semblais beaucoup trop petite pour être MA FILLE.

Tu étais un petit bébé.

Quelle émotion quand on t’a retournée et que j’ai reconnu ton visage.  Marie-Julie, il n’y a pas de mot pour expliquer ce que j’ai ressenti : la joie de te serrer dans mes bras, mais aussi la peur… la peur de l’inconnu.  Je ne pouvais croire que tu étais avec moi, je découvrais l’ampleur de ce que je t’obligeais à vivre : devenir ma fille, la fille de Benoit, la soeur de Marc-Eric et de Vincent.  Changer de pays… T’habituer à tout ce que ton adoption impliquait.  Tu étais pleine de boutons, partout, partout… La varicelle, la gale ou bien une infection de peau???

Plus tard, j’ai appris que c’était la varicelle mais les premiers temps, ton état m’inquiétait : on te faisait prendre des antibiotiques, tu avais la diarrhée, des boutons… Je t’ai observée sur toutes les coutures, je me suis collée à toi… mais pas trop car je ne voulais pas m’imposer.

Tu m’as souri dans la soirée : un petit sourire discret, mais là quand même!  Marie-Julie, tu ne peux pas savoir combien je t’ai aimée rapidement : je ne t’ai pas portée dans mon ventre mais dans mon coeur.  Marie-Julie, je t’assure que ton attente et notre rencontre ont été aussi intenses que si je t’avais portée dans mon ventre.  Je te l’assure!

Les jours suivants, tu t’es fait connaître d’une facon incroyable : tu es une petite fille exceptionnelle.  Puisque je suis ta mère, il faut croire que je ne suis pas objective.  Tu es coquine, tu es charmeuse, on te surnomme Marie-Clown.  Tu fais rire et tu aimes cela.

Après deux jours, quand je m’éloigne de toi, tu me réclames.  Tu me bouleverses en m’appelant maman pour la première fois.  A l’hôtel, nous sommes bien entourées :

-Maman Lucie et Valérie, qui sont réunies pour la première fois, comme nous!

-Maman Francoise et Emma, qui arrivent quelques jours plus tard.

-Madame Gagnon, une femme extraordinaire, que j’estime énormément,

-Martine Beaurivage, une compagne pleine de douceur,

Un groupe plein de vie et d’émotions!!

Le 22 avril, on s’envole vers ta nouvelle maison.  Avec nous, douze autres enfants font le voyage, dont une petite fille que je ramène vers ses nouveaux parents.  Marie-Julie, je me sens riche de la vie;  l’impression qu’elle me gâte trop.  Un véritable comité d’accueil nous attend à Mirabel.  Les semaines suivantes, Marie-Julie, tu es un véritable petit rayon de soleil.   Tu es avec nous comme si tu y avais toujours été.

Quand je te regarde vivre, débordante de joie et curieuse de tout, mon coeur éclate.  Quand tu joues avec tes poupées ou que tu regardes tes petits livres en marmonnant, quand tu fais la coquine, tu me fais rire!  Quand tu as fait ton premier pipi dans le pot, quand tu acceptes patiemment que je tresse tes cheveux, tu fais ma fierté!  Quand tu te tirailles avec tes frères, quand tu répètes tout ce qu’on dit, tu fais ma joie!  Quand tu te fâches ou quand tu pleures, tu me montres que tu as du tempérament!

L’inconnu ne me fait plus peur;  je sais que tu es heureuse auprès de nous.  J’ai confiance en toi; l’avenir sera heureux, avec ses joies et ses peines.  Ton papa et moi, sans oublier tes deux grands frères , seront toujours auprès de toi pour te seconder.  Finalement, je vais te dire un secret : souvent, j’ai une pensée pour ta mère naturelle.  Dans mes prières, je la remercie et je l’assure que tu vas bien.

Avec tout mon amour,

Maman Brigitte



TÉMOIGNAGE SUIVANT

 







© Copyright 2002
Webmestres : Fabienne Husson-Dubeau et Yvon Castonguay
Tous droits réservés